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Edito
La
nouvelle que nous attendions depuis plusieurs semaines est tombée
mardi soir: la Convention Nationale se réunira à
partir du 17 mai. D'ici là, la seconde réunion du
Bangkok Process aura eu lieu, le 29 avril. Nous consacrerons
évidemment le(s) prochain(s) numéro(s) de Net Hebdo
à ce double événement, mais pris par le
temps, nous publions d'abord un document de Burma Campaign UK
relatif aux sanctions économiques que l'Union Européenne,
de l'avis de nos collègues anglais, devrait prendre à
l'encontre de la Birmanie.
POSITION
EUROPEENNE SUR LA BIRMANIE :
LA NECESSITE DE
SANCTIONS
CIBLEES
Par Burma Campaign UK
Traduit par Fanny Guillier
pour Info Birmanie
Avant Propos :
Le régime
militaire a éprouvé la volonté du peuple
birman ; malgré les intimidations, la torture, et la
violence le désir de liberté et de démocratie
reste puissant. Nos frères et sœurs en Birmanie
réalisent peu à peu que résistance pacifique
ne signifie pas résistance passive. Malheureusement, les
tyrans feignent de ne pas comprendre le langage démocratique
et l’engagement constructif et choisissent de répondre
au moyen de pressions et de sanctions. Tout comme en Afrique du
Sud, le peuple et les dirigeants légitimes birmans ont
appelé aux sanctions. En effet, en Afrique du Sud, lorsque
nous avons appelé à l’action internationale,
nous avons souvent été incompris, ignorés ou
déçus. Le démantèlement de l’apartheid
nécessitait des convictions engagées et un travail
soutenu qui n’auraient été d’aucune
utilité sans d’intenses pressions et sanctions
internationales. En Birmanie, le régime a ravagé
le pays et le peuple afin de sceller et de financer son ordre
public illégal. C’est pourquoi les gouvernements et
les institutions internationales doivent aller au-delà des
mesures et des prises de positions symboliques et annihiler les
moyens de subsistance de la junte birmane grâce à des
sanctions bien appliquées. Je maintiens que personne, ni
qu’aucun gouvernement ne devrait attendre pour agir ; le
chemin à gravir comporte une première étape.
Les négociants et les gouvernements doivent choisir s’ils
souhaitent ou non commercer avec le régime oppressif
birman. En effet, le commerce avec la junte fournit des armes à
ceux qui ont massacré des milliers de personnes en 1988 ;
ceux qui sont responsable du déplacement de plus d’un
million de personnes qui ne trouvent plus ni refuge ni sécurité
dans leur propre pays ; ceux qui ont recours au viol systématique
des femmes. Le commerce permet de financer le vaste système
des services secrets, les incarcérations, les tortures
scandaleuses infligées aux héros de la liberté
et les perpétuelles atteintes aux droits de l’homme
perpétrées contre les minorités ethniques
birmanes. Les individus et les gouvernements doivent prendre
position contre la tyrannie et ceux qui la protègent ou la
financent. L’indifférence face aux atteintes
systématiques aux droits de l’homme est amorale. On
ne peut, dans certains cas, soutenir la justice et la liberté
et dans d’autres, permettre l’injustice et
l’asservissement. Gardons à l’esprit que nous
ne serons pas dégagés de notre responsabilité
tant que le peuple birman ne sera pas libre. Dans une époque
où la junte professe des promesses de liberté, il
nous faut rester convaincus que l’action pèse plus
lourd que les mots. La liberté ne peut découler d’un
processus englué dans la discrimination et la persécution.
Je me sens profondément concerné par le sort de ma
sœur, la courageuse Aung San Suu Kyi, et par celui de plus
d’un millier de prisonniers politiques qui sont restés
résolument déterminés et convaincus par la
valeur des principes pacifiques mais qui demeurent isolés
de leur peuple et de la communauté internationale. Le
silence auquel ils sont réduits est éloquent et
traduit l’urgence d’une prise de position pour leur
liberté. Si le peuple Sud-Africain avait eu recours au
compromis lors de la lutte contre l’apartheid, nous
n’aurions probablement jamais conquis notre liberté.
En Birmanie, pour établir la liberté, la justice et
la participation démocratique pour tout le peuple, nous
pourrions tolérer la présence de l’oppresseur,
mais cela reviendrait à déshonorer nos courageux
frères et sœurs qui se sont entièrement
dévolus à l’avenir démocratique de la
Birmanie. Je crois que la vérité et la justice
prévaudront. Laissons ce sens profond de l’engagement
guider notre action et nourrir notre espoir tel un principe
conducteur. Semer les graines de la justice n’est pas chose
facile, mais les récoltes seront abondantes. Le peuple
de Birmanie sera libre.
L’Archevêque Desmond
Tutu.
Résumé :
La Birmanie ne sortira
pas de l’impasse politique tant que la junte ne considèrera
pas comme son intérêt propre le fait de débuter
des négociations sérieuses avec les forces ethniques
et démocratiques du pays. Ce rapport esquisse le chemin à
suivre pour la communauté internationale afin d’établir
une situation économique et politique propice au
développement des négociations. La Birmanie est
dirigée par une dictature militaire connue pour
l’oppression et l’appauvrissement qu’elle fait
subir à son peuple, pendant qu’elle s’enrichit
et qu’elle enrichit les négociants étrangers
qui travaillent avec elle. Le régime continu à
ignorer la victoire électorale d’Aung San Suu Kyi et
de la NLD en 1990. Le régime n’a fait preuve
d’aucun engagement durant les trois années de
médiation conduite par l’ONU. Il a échoué
à mettre un terme à la pratique du travail forcé
comme prévu par ses obligations issues des traités
passés avec l’OIT. Il continue de persécuter
les populations ethniques birmanes. Il continue à détenir
plus de 1350 prisonniers politiques dont Aung San Suu Kyi. Toutes
les propositions de feuilles de route pour un changement de
politique en Birmanie échoueront à apporter la
démocratie dans ce pays jusqu’à ce qu’elles
soient formulées et exécutées dans une
atmosphère dans laquelle les libertés politiques
fondamentales soient respectées, les réels
dépositaires de l’autorité soient inclus et
engagés dans les négociations, un délai soit
fixé pour atteindre les buts poursuivis, une place soit
faite à la médiation, et les objectifs et principes
restrictifs et anti-démocratiques imposés par les
militaires concernant la Convention Nationale (qui assure la
continuité du pouvoir militaire même dans un "
état civil ") soient abandonnés.
Conclusions
du rapport :
1. Les investissements étrangers
directs vers la Birmanie depuis 1989, perçus grâce au
tourisme et aux projets d’extraction de ressources,
représentent plus de 6,6 milliards $. En 2002, les
exportations birmanes furent évaluées à 2,98
milliards $. Le commerce et les investissements ont fournit au
régime et à ses partisans des revenus non
négligeables. Depuis 1988, les effectifs de l’armée
birmane ont été doublés (de 200,000 à
400,000 soldats) alors que les systèmes de santé et
d’éducation et les services publics se sont
pratiquement effondrés.
2. La base du système
pyramidal militaire est constitué de commandants régionaux,
d’officiers militaires moyennement et hautement gradés,
de négociants et de familles puissantes qui sont associés
à cet establishment militaire. Ces personnes contrôlent
et détiennent la majeure partie de l’économie
officielle et légale qui dépend dans une large
mesure des investissements étrangers et des marchés.
Réduire la capacité du régime à
satisfaire ces personnes développerait la pression en
faveur d’une réforme réorganisant le pouvoir
politique établi.
3. L’essentiel des
populations birmanes , et particulièrement les plus
pauvres, travaillent grâce à l’économie
parallèle qui ne dépend généralement
pas des investissements ou des marchés internationaux.
Ainsi, l’impact de sanctions ciblées contre
l’économie légale serait donc minime pour la
majorité des birmans.
4. La tentative américaine
d’agir sur les intérêts économiques du
régime et de ses associés a été
amoindrie par l’inaction de l’Union Européenne,
des états asiatiques et de l’ONU. Il n’y a
jamais eu aucun obstacle légal à ce que les
compagnies européennes ou asiatiques commerce avec la
Birmanie ou sur son territoire. Il n’existe aucune mesure
européenne qui remette effectivement en cause les intérêts
économiques de l’establishment politique birman. Une
position européenne commune est en place depuis 1996 ;
cette position comporte toutefois une carence car elle n’inclut
aucune mesure menaçant sérieusement le pouvoir
établi. D’autre part, elle n’a pas été
pleinement exécutée en ce qui concerne le gel des
comptes bancaires européens des compagnies détenues
par la junte et autre entités du régime.
5.
Quinze ans d’engagement constructif avec le régime
n’ont même pas entraîné l’adoption
d’une seule réforme démocratique. Les adeptes
de la philosophie " anti-sanction " ont ignoré la
nature intransigeante du régime, le lien entre les soutiens
économiques et politiques apportés aux régimes
et la crédibilité qu’apporteraient des
sanctions à la NLD dans ses négociations avec les
militaires. Les opposants aux sanctions demandent que l’on
continue à autoriser le régime à engranger
des profits grâce au commerce et aux investissements, tout
en sachant que ces revenus bénéficieront à la
junte et à ses associés. Cette politique est
longtemps restée pré-éminente, entravant tous
les mouvements de réforme entrepris. En fait les opposants
aux sanctions nous demandent de permettre la continuité de
la loi martiale birmane à long terme, avec tout ce qu’elle
comporte d’oppression et d'appauvrissement. Implicitement,
ils sous-entendent qu’il s’agit d’un moindre
coût pour maintenir certains emplois dans quelques secteurs
d’exportation particuliers.
6. Une double stratégie
qui consisterait à affaiblir les supports économiques
du régime et à promouvoir, dans le même temps,
un processus de transition soutenu par l’ONU pourrait
déboucher sur un réel changement politique en
Birmanie. Ce rapport souligne l’effet recherché par
des sanctions ciblées qui auraient vocation à amener
la junte à la table des négociations.
Recommandations
:
1. L’Union Européenne :
∑
Interdire à toutes les compagnies et tous les citoyens
européens d’investire en Birmanie. ∑ Interdire
toute importations de biens et de services provenant de compagnies
détenues par l’armée, par les militaires et
par leurs associés. ∑ Interdire l’importation
de biens ayant une importance stratégique et provenant de
secteurs placés sous monopole d’Etat comme les
pierres précieuses ou le bois. ∑ Interdire les
transferts financiers et les transactions effectuées par
les citoyens, les institutions des états européens
et de l’Union Européenne elle-même. ∑
Les Etats membres de l’Union doivent pousser le Conseil de
Sécurité des Nations Unies à prendre les
sanctions énoncées ci-dessous.
2.
L’Organisation des Nations Unies :
∑ Imposer des
sanctions ciblées, incluant un embargo sur les armes, une
interdiction des investissements en Birmanie et l’interdiction
d’importer des biens stratégiquement importants comme
le gaz, le pétrole, les pierres précieuses et le
bois, jusqu’à ce que des progrès irréversibles
soient réalisés dans le sens de la transition
politique ou qu’un gouvernement démocratiquement élu
en demande la levée. ∑ Le Secrétaire Général
des Nations Unies devrait diriger la formulation d’une
feuille de route détaillée, comportant un délai
d’exécution précis (pas plus tard que 2006),
renforcée par le poids d’une résolution et de
sanctions approuvées par le Conseil de Sécurité.
I.
Introduction :
La Birmanie, située entre l’Inde,
la Chine, le Tibet, le Laos le Bangladesh et la Thaïlande,
est l’un des plus grands pays du Sud-Est asiatique. Ces
quarante dernières années, la Birmanie a été
dirigée par une dictature militaire dont la réputation
inhumaine n’est plus à faire. En 1990, la NLD a gagné
les élections nationales birmanes. Ce résultat n’a
jamais été respecté. La NLD, dirigée
par la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi,
a exhorté la communauté internationale d’imposer
des sanctions économiques contre la junte. Ce rapport
explique pourquoi.
II. Le Problème :
Les
militaires au pouvoir ont un bilan consternant : ∑ Le viol
comme arme de guerre contre les femmes et enfants issus de
minorités ethniques. ∑ L’utilisation
généralisée du travail forcé qualifié
par l’Organisation Internationale du Travail de crime contre
l’humanité. ∑ Plus de 1350 prisonniers
politiques qui sont régulièrement torturés. ∑
Entre 600,000 et un million de personnes déplacées,
contraintes de quitter leurs terres. ∑ Une exode constante
des birmans vers les pays limitrophes. La Thaïlande accueille
à elle seule un million de birmans à la recherche de
conditions de vie acceptables. ∑ L’une des armées
asiatiques les plus puissantes, malgré l’absence
d’ennemis extérieurs potentiels. ∑ Près
de la moitié du budget du gouvernement est alloué à
l’armée alors que le secteur de la santé ne
bénéficie que de 2 à 4% de ce budget. ∑
Un enfant sur dix meurt avant son 5ème anniversaire.
III.
Alimenter l’oppression :
Il n’existe aucune
barrière légale destinée à empêcher
les compagnies européennes ou asiatiques d’alimenter
la dictature birman par le biais du commerce et des
investissements. Le régime survit grâce aux
investissements étrangers, aux revenus apportés par
les exportations et au trafic illégal de narcotiques. Il
est évident que les quinze années d’engagement
constructif, pendant lesquelles les négociants et les
gouvernements ont coopéré avec la junte dans
l’espoir d’une réforme politique, ont été
un échec. Les opposants aux sanctions n’ont pas tenu
compte de la nature intransigeante du régime, des liens
entre ses soutiens économiques et politiques, et la
crédibilité qu’apporteraient des sanctions à
la NLD lors des négociations avec la junte. L’une
des plus inquiétante conséquence des investissements
et du commerce avec la Birmanie est la capacité pourvue au
régime d’accroître ses forces armées. En
1988, l’armée employait 200,000 personnes contre
400,000 estimées aujourd’hui. L’objectif ultime
du régime serait d’en rassembler un demi million.
Dans les années 1990, les dépenses militaires ont
oscillé entre un tiers et la moitié du budget de la
junte. Un pays de 50 million d’habitants est à la
tête de l’une des armées asiatiques les plus
puissantes, alors qu’on ne lui connaît aucun ennemi
extérieur. En juillet 2001, " Jane’s Defence
Weekly " déclarait que Rangoun avait acheter dix
MIG-29 à la Russie pour 130 millions $, financés par
les importations de gaz thaïlandaises. Les acomptes, qui
représentaient 30% du coût total, ont été
versés la semaine où la Petroleum Authority of
Thaïland a payé à la junte 100 millions $ de
royalties, pour du gaz acheminé du Golfe de Martaban vers
la côte. (opération réalisée par
Total/Unocal) Avant que la Thaïlande n’effectue ce
paiement, prévu par un contrat conclu en 1995, la junte
avait pratiquement épuisé les revenus issus des
échanges externes. Selon Robert Karniol, l’éditeur
asiatique de " Jane’s Defence Weekly ", les russes
ne voulaient pas vendre d’avions chasseurs à la
Birmanie tant que les revenus issus des extractions gazières
de Martaban ne seraient pas perçus puisqu’ils
constituent l’une des rares sources de rémunération
issues des échanges commerciaux internationaux. Selon le
Département du Commerce américain, le ministère
des finances birman a imposé une taxe de 10% sur les
exportations étrangères. Ainsi, en 2001, si les
exportations légales birmanes représentaient 2,782
milliards $, le régime a pu percevoir 278,2 millions $ de
taxe. La majeure partie des revenus issus de ces exportations a
essentiellement bénéficié à
l’establishment militaires et ses associés.
IV.
Les coûts
L’expansion militaire et les dépenses
politiques ont été conduites aux dépens du
peuple birman. L’importante proportion du budget étatique
allouée à l’armée peut expliquer
l’inefficacité de l’allocation pour la santé
et l’éducation qui ignore les besoins réels. A
titre d’exemple, entre 1995 et 2000, les dépenses
consacrées au secteur social ont atteint leur maximum en
1996 (4% du budget de l’Etat pour les aides et allocations,
5% pour la santé et 15% pour l’éducation)
alors que les dépenses en matière de défense
ont atteint l’un de ses taux les plus bas, 33% ; les
dépenses militaires ont atteint leur maximum en 1998/99
avec 55% du budget. En 2000, l’OMS a classé
la Birmanie à la 190ème position parmis 191 pays
pour les soins médicaux qui y sont délivrés.
Le peuple de ce pays, pourtant riche en ressources naturelles,
glisse un peu plus dans la pauvreté. Selon l’UNICEF
36% des enfants birmans de moins de cinq ans sont moyennement ou
sévèrement atteints de malnutrition ; selon le PNUD,
c’est un enfant sur dix qui n’atteindra pas son
cinquième anniversaire. Le rapport 2000 du PNUd sur le
développement humain établit une comparaison entre
la Birmanie et la Thaïlande sur certaines questions. En
effet, les deux états partagent une histoire et une longue
frontière commune et l’envergure de leur population
et de leur potentialité en ressources naturelles sont
similaires. Ainsi, la Thaïlande nous fournit, non sans
problèmes, un bon exemple de ce qu’aurait pu être
la Birmanie. Ces deux exemples sont également confrontés
au taux de développement des " pays développés
". En comparaison, on constate que quand la Birmanie consacre
1,2% du PIB à l’éducation, la Thaïlande
lui accorde 4,8%, contre seulement 3,8% dans les " pays
développés " ; par ailleurs, lorsque la junte
birmane accorde 0,2% du PIB pour les dépenses de santé,
la Thaïlande leur octroie 1,7% et les " pays développés
" 2,2%. Manifestement, le gouvernement thaïlandais tente
de rattraper le retard du pays en matière de développement
et de protection social. De toute évidence, le plus
grand obstacle à la paix et à la prospérité
en Birmanie est la dictature militaire. La NLD a demandé
à la communauté internationale de couper les liens
de subsistance qui permettent la survie du régime. Comme
Nelson Mandela et l’ANC pendant l’apartheid en Afrique
du Sud, Aung San Suu Kyi et la NLD appellent aux sanctions
économiques.
V. L’impact des sanctions sur le
peuple birman
La nature de l’économie birmane
est telle, que des sanctions visant les investissements étrangers
et les échanges internationaux frapperont le régime
alors que leurs effets sur la majorité de la population
resteront minimes. La Birmanie abrite deux économie,
l’une officielle, l’autre parallèle. L’économie
parallèle est celle à travers laquelle la majorité
des birman, et plus particulièrement les plus pauvres,
produisent, échangent et travaillent. Dans les régions
rurales (où vit 75% de la population) la grande majorité
des gens travaillent dans l’agriculture de subsistance. En
1997, l’agriculture représentait douze millions
d’emplois alors que les secteurs industriel et commercial,
qui sont les deux autres grands pourvoyeurs d’emplois si on
exclut l’armée, représentaient moins de deux
millions d’emplois chacun. Dans les zones urbaines, comme
dans les zones rurales, les unités de production ont
tendance à être réduites, basées sur
l’entourage familial et consacrées à la petite
production, au commerce ou aux services. Comme le souligne
l’économiste Alfred Oehlers de l’Université
d’Auckland, dans son analyse de l’économie
parallèle birmane : " Les formes d’organisation
et les méthodes de gestion ne sont pas très
développées, et reposent essentiellement sur des
coutumes, des pratiques et des traditions établies…Dans
le secteur parallèle, le niveau d’exposition aux
marchés externes reste très faible. Etant donné
que les sanctions affecteront en premier lieu les flux
transfrontaliers de biens, de fonds et de services, ce secteur,
avec son faible niveau d’implication dans les marchés
étrangers, sera relativement épargné par les
conséquences. L’économie parallèle est
de loin la plus importante pour les populations, celle autour de
laquelle tournent leurs vies. " L’économie
officielle et l’économie parallèle sont à
la fois très différentes et très
indépendantes l’une de l’autre. L’économie
légale repose très lourdement sur les
investissements et les marchés étrangers. Les
entreprises de ce secteur sont plus importantes et plus
développées sur le plan de l’organisation et
de la gestion. Dans le classement du conseil de gestion, 80%
des entreprises de grande envergure ayant plus de cent employés
sont détenues par l’Etat ou y sont affiliées.
Elles sont concentrées dans les secteurs de l’extraction,
de l’industrie, du tourisme, de la finance et de la banque.
L’économie officielle est historiquement détenue
par l’establishment militaire, leurs familles et leurs
associés. C’était le cas quand ces industries
furent nationalisées après le coup d’Etat
militaire de 1962 puis furent " privatisées "
dans les années 1990. Comme le souligne Minoru Kiryu :
" Lorsque la dérégulation des investissements
privés a encouragé la constitution d’entreprises
privées et d’importantes entreprises d’exportation,
la plupart des entrepreneurs impliqués étaient
d’anciens membres du régime et de l’administration.
" C’est pourquoi, il est clair que des sanctions
ciblées contre les grands secteurs industriels de
l’économie légale atteindront directement les
intérêts économiques des militaires et de
leurs associés tout en ayant un impact minimal sur la
grande majorité des gens. Oehlers constate : "
Etant donné la nature très centralisée de la
propriété économique et du système de
contrôle de cette économie, on peut raisonnablement
penser que les conséquences négatives des sanctions
toucheront essentiellement les militaires et leurs associés
les plus proches. Loin de l’instrument contondant et aveugle
qu’on les accuse souvent d’être, au moins dans
le cas de la Birmanie, les sanctions peuvent être très
bien ciblées et capables d’exercer une pression
considérable sur le régime. " Par
ailleurs, le système d’approbation des
investissements directs étrangers est tel que les
militaires peuvent parfaitement contrôler qui bénéficiera
des investissements de grande envergure et des investissements
dans les secteurs clé de l’économie. Ces
investissements qui doivent être conformes à la "
Loi sur les Investissements Etrangers ", sont administrés
par la " Commission des Investissements du Myanmar ",
composée en majeure partie par des membres du gouvernement
militaire. Les pratiques de cette commission assurent la
possibilité, pour le régime, d’orienter ces
investissements vers les compagnies " quasi militaires "
qui dominent l’économie, comme par exemple la "
Union of Myanmar Economic Holdings " (UMEH). Enfin,
l’Etat possède un monopole sur les exportations
de riz, de tek, de pétrole, de gaz naturel, de pierres
précieuses, de perles et autres ressources. L’exportation
de ces produits nécessite l’accord du Ministère
du Commerce. L’imposition de sanctions sur ces produits aura
donc un impact direct sur la junte au pouvoir.
VI. Comment
le régime entretien ses assises :
La “ Union
of Myanmar Economic Holdings Ltd”(UMEH) et la “Myanmar
Economic Corporation” (MEC) sont les deux principaux
conglomérats contrôlés par les militaires. Ils
dominent les secteurs économiques clé. Les
actionnaires de l’UMEH sont issus de l’establishment
militaire. Selon le rapport d’activité annuel
1995-96 de l’UMEH, deux de ses principaux objectifs sont de
" soutenir les membres de l’armée et leur
famille " et " tenter de devenir la principale
organisation de soutien et de logistique pour l’armée
en constituant progressivement de nouvelles entreprises ". L’UMEH
possède des parts dans le secteur banquier et touristique,
dans l’import-export de nourriture, l’extraction et la
vente de jade et autres pierres précieuses, la construction
de matériaux, l’immobilier, la location de bateaux de
pêche, et la vente de marchandises en général.
L’UMEH a également géré le financement
des pensions militaires, mettant à leur disposition une
source de revenu. En 1999, l’UMEH avait conclu près
de 50 accords de participation avec des entreprises étrangères. La
MEC, quant à elle, avait été constituée
afin de transférer les dépenses militaires du
secteur publique au secteur privé dans le but de "
diminuer les dépenses de défense " tout en
fournissant des fonds pour assurer les allocations militaires et
autres besoins. La MEC est autorisée à faire affaire
dans presque tous les domaines du commerce et de l’industrie
et n’est pas contrainte par les lois qui régissent
l’activité économique birmane. Les
activités de l’UMEH et de la MEC ont pour but de
constituer un soutien économique pour les militaires,
permettant aux officiers et à leur famille de bénéficier
d’un traitement économique privilégié.
Des sanctions économiques compliqueraient la tâche
des militaires concernant le maintien du niveau de dépense
en matière de défense, réduirait les fonds
destinés à entretenir les réseaux de soutien,
et seraient une source de difficultés pour les familles de
militaires moyennement gradés. Ceci constitue la base de
l’establishment militaire, les personnes dont le régime
a besoin pour faire tourner sa machine. Si le mécontentement
se répand à travers cette base, la pression en
faveur de réformes atteindra un niveau non
négligeable.
VII. L’Union Européenne et
la Birmanie :
La position européenne sur la Birmanie
est critiquable à deux égards, d’abord parce
que l’UE a fourni la plupart des investissements qui ont
fortifié la dictature et ensuite parce que le rôle de
l’UE au sein des Nations Unies et ses relations avec l’ASEAN
sont capitales et même déterminantes pour le succès
des initiatives diplomatiques en Birmanie. L’importance
des investissements de l’UE a augmenté pendant la
dernière décennie. Bien que les estimations des
investissements directs étrangers ( " Foreign Direct
Investment " -FDI) varient selon les sources, il est clair
qu’en matière énergétique les
investissements de l’UE ont été fondamentaux.
Entre 1995/96 et1999/00 les FDI vers les secteurs pétroliers
et gaziers s’élevaient à 1,531millions $, sur
un influx total, pour tous les secteurs, de 2,765millions $. En
1999, les FDI européen représentaient 43% de tous
les investissements en Birmanie et en 2000, cette participation a
atteint 71,2% (300 millions $). En plus des investissements
européens, les relations commerciales entre l’UE et
la Birmanie n’ont cessé de se renforcer ces dernières
années. Les importations birmanes en Europe représentaient
une trentaine de millions $en 1988, contre près de 400
millions $ en 2001. Au total, entre 1988 et 2002, les relations
commerciales et les investissements directs de l’UE en
Birmanie ont rapporté au moins quatre milliards $ à
la junte. L’imposante présence d’entreprises
européennes en Birmanie peut également être
évaluée grâce à la liste des compagnies
qui sont liées à la Birmanie par des unions
globales. Sur un total de 372 compagnies mentionnées, 104
sont européennes. Bien que les Etats Unis aient tenté
de couper les vivres au régime, l’UE reste une source
de confort économique pour l’establishment militaire.
En effet, les Etats Unis ont pris trois mesures de grande
envergure pour éviter tout afflux financier vers la
Birmanie : ∑ L’interdiction des nouveaux
investissements de 1997 (Ban on new investments) : Permet aux
investisseurs présent avant 1997 de poursuivre et même
d’augmenter leurs investissements dans le pays (ex :
Unocal). Elle a toutefois permis d’évité
l’entrée de nouvelles sommes considérables en
Birmanie. ∑ L’interdiction des importations de
2003 (US import ban) : Empêche la junte et ses associés
de percevoir des revenus issus des exportations et des taxes. ∑
L’interdiction des remises de fonds de 2003 (Ban on
remittances) : Elle a eu un impact significatif sur les
imports-exports utilisant des comptes en $US, sur le système
banquier étatique et sur les affaires entre le régime
et ses associés. Depuis l’interdiction américaine
sur les remises de fonds, les transferts et les transactions
réalisées en $, la junte manifeste un certain
intérêt pour l’euro qui représente une
monnaie idéale pour ses activités commerciales
internationales. Une action efficace serait d’exercer une
pression sur les services qui approvisionnent les compagnies qui
rendent les transactions financières internationales
possibles, comme la SWIFT, une compagnie détenue par
les institutions financière dirigeantes. En Birmanie,
seules quelques banques sont autorisées à mener des
transactions internationales : la Central Bank ainsi que trois
autres banques détenues par l’Etat (Myanmar Foreign
Trade Bank, Myanmar Investment and Commercial Bank, Myanmar
Economic Bank). En collaborant avec les banques birmanes, SWIFT
coopère au processus qui rend possible à la Birmanie
de mener des transactions internationales en euros ou autre
monnaie d’échange. Dans la lignée de
l’interdiction américaine sur les remises de fonds,
les transferts et les transactions menées par les entités
et les personnes privées issues des états membres de
l’UE devraient être effectivement interdits. La "
Financial Action Task Force on Money Laundering "
(organisation de lutte contre le blanchiment d’argent par le
biais d’action financières) a exhorté ses
membres, qui incluent les 15 états membres de l’UE et
la Commission Européenne, d’imposer des mesures
contre la Birmanie afin de renforcer la surveillance des
transactions financières internationales étant donné
l’échec de la junte à lutter contre le
blanchiment d’argent.
VIII. Les réponses
apportées par l’Union Européenne :
Pendant
la dernière décennie, l’UE a pris de
nombreuses mesures à l’égard de la Birmanie.
Toutes ces mesures sont essentiellement symboliques et sont liées
aux relations politiques et d’assistance avec la Birmanie ;
elles n’ont ni pour intention, ni pour conséquence
d’imposer une pression économique sévère
sur la junte. Il ne faut pourtant pas conclure que la Position
Commune Européenne a déjà tenté et
échoué de mettre ces actions en place et qu’elle
ne constitue pas un cadre inapproprié a l’établissement
ces sanctions ; cet argument fut avancé par les opposants
aux sanctions. Il n’y a rien dans la Position Commune
Européenne qui menace les intérêts économiques
du régime ou qui représente une sanction sérieuse
contre le gouvernement birman. La Position Commune Européenne
inclus : ∑ L’embargo sur les armes ∑
L’expulsion des militaires attachés à la
représentation diplomatique birmane à travers l’UE ∑
L’interdiction de l’aide non-humanitaire ∑
L’interdiction de délivrer des visas aux membres du
SPDC, de leur familles et de leurs associés. ∑ Le
gel de tous les avoirs personnels européens détenus
par les membres du SPDC, leurs familles, et leurs associés. ∑
La suspension des visites gouvernementales de haut niveau en
Birmanie. Par ailleurs, l’UE a annulé les accords
commerciaux préférentiels dont bénéficiait
la Birmanie en tant que pays en développement grâce
au Système Général de Préférences
; d’autre part, elle a tenté de se faire l’échos
d’Aung San Suu Kyi, relayant dans une déclaration, sa
position contre le tourisme en Birmanie. Toutefois, cette
Position Commune n’a pas été totalement suivie
d’effets notamment en ce qui concerne les comptes bancaires
des entités économiques du régime. Les
comptes bancaires des compagnies détenues par la junte
auraient du être gelés mais ne l’ont pas été.
De plus, la Position Commune appelait à un gel des avoirs
européens pour les entités et les personnalités
birmanes. Cependant, aucune de tentative de gel des avoirs de
l’UMEH et de la MEC n’ont été conduites.
Si l’Europe souhaite réellement tirer la Birmanie de
l’impasse politique dans laquelle elle se trouve, elle doit
admettre le fait que les investissements et les importations
européennes ont renforcé le régime plutôt
que de le pousser à la réforme. Si l’Europe
commence à mettre de l’ordre dans ses affaires et à
promouvoir un effort diplomatique internationale à l’égard
de la Birmanie, elle pourrait obtenir de bons résultats.
IX.
Les Nations Unies et la Birmanie :
En plus de mettre en
place des sanctions plus sévères, l’UE devrait
redoubler d’efforts afin de pousser le Conseil de Sécurité
de l’ONU a prendre lui-même des sanctions. Depuis
1991, la Birmanie fut l’objet de nombreuses résolutions
de l’Assemblée Générale des Nations
Unies, esquissant les réformes nécessaires au
passage de la dictature vers la démocratie en Birmanie. La
situation des Droits de l’Homme en Birmanie a
également fait l’objet de nombreux scrutins lors des
réunions annuelles de la Commission Européenne des
Droits de l’Homme depuis 1992. En 2000, c’est
l’Organisation Internationale du Travail qui a appelé
ses membres à réviser leurs relations avec la
Birmanie afin de s’assurer qu’ils ne contribuent pas
au maintien du travail forcé. Le temps est venu pour l’UE
de travailler à l’application de ces résolutions
diverses. L’Envoyé Spécial de l’ONU
en Birmanie et le Rapporteur Spécial de l’ONU pour
les Droits de l’Homme jouent un rôle clé dans
la promotion du changement en Birmanie. Toutefois, malgré
les trois dernières années de médiation menée
par l’ONU, le régime a toujours refusé de
libérer les prisonniers politiques, n’a toujours pas
renoncé à l’usage du travail forcé, a
poursuivi les persécutions violentes contre les minorités
ethniques du pays et a refusé d’entamer le dialogue
avec le mouvement pro-démocratique. Le 30 Mai 2003, la
dictature militaire birmane a mis un terme à ces
prétentions de réformes. Dans une petite ville du
nom Depayin, à 500 miles au nord de Rangoun, le convoi
d’Aung San Suu Kyi fut attaqué par un groupe
paramilitaire lié à la junte. 2Aung San Suu Kyi
ainsi que d’autres leaders ou membres de la NLD furent
arrêtés. Des témoignages rapportent
que des femmes furent tirées hors des voitures,
déshabillées et battues à mort pendant que
d’autre étaient pourchassées et tuées.
Les membres de l’escorte d’Aung San Suu Kyi ont tenté
de la protéger et furent battu avec des branches de bambou
taillées. Certains rapports déclarent que des
dizaines de personnes furent assassinées par les
militaires. Au moment où nous écrivons, Aung San Suu
Kyi est assignée à domicile pour la troisième
fois depuis qu’elle a pris la tête du mouvement
démocratique en 1988. Le Premier Ministre nouvellement
nommé, le Général Khin Nyunt, a annoncé,
le 30 août 2003, une " Feuille de Route " pour
progresser vers la démocratie. Cette Feuille de Route
dégage sept étapes, fondées sur la
convocation d’une Convention Nationale afin de compléter
le projet pour une nouvelle constitution pour le pays. Elle ne
contient aucun agenda ou délais pour la mise en place d’une
réforme. Dans le même sens, elle ne confère
aucun rôle officiel à la NLD ou aux partis issus de
minorités ethniques. La feuille de route se réfère
à la Convention Nationale mise en place en 1993 par le
régime militaire afin d’élaborer un projet de
constitution. En novembre 1995, la NLD écrivit aux
militaires, requerrant la démocratisation des procédés
de la Convention Nationale. La NLD a commencé un boycott de
la Convention en décembre, suite au rejet de son appel par
les militaires. Tous les délégués de la NLD
furent renvoyés de la Convention qui fût suspendue en
1996. La NLD ainsi que des membres des groupes représentant
des minorités se sont ensemble opposés aux six
objectifs, aux 104 principes de base et aux Principes de Base
Détaillés dégagés par la junte qui
voudrait permettre au régime de se maintenir sous
l’apparence d’un gouvernement civil et même de
perpétrer un coup d’Etat s’il estime que le
pays est en danger. Le régime a rejeté le rôle
médiateur de l’ONU et s’il ne l’a pas
fait par des mots, il l’a fait par des actes. Il est temps
d’élaborer une réponse internationale plus
cohérente à l’intransigeance de Rangoun. A la
lumière de la situation critique en Birmanie, une
intervention politique de la communauté internationale est
essentielle pour éviter la confrontation imminente et
l’effusion de sang. Le Secrétaire Général
des Nations Unis, M.Koffi Annan, a appelé le régime
à libérer Aung San Suu Kyi et a entamer avec elle un
dialogue substantiel. Il a déclaré à
l’Assemblée Générale de l’ONU : "
Tant que les parties concernées ne pourront prendre
part à un dialogue substantiel, la communauté
internationale devra conclure que le processus de réconciliation
nationale est suspendu. " Dans ce cas, il a assuré
que l’ONU réviserait la situation et prendrait
d’autres mesures. M.Annan a fixé la date de 2006
comme étant la fin du délai donné au régime
pour assurer la transition démocratique en Birmanie mais il
n’a pas souligné comment cet objectif d’Etat
devait être atteint. Le Secrétaire Général
de l’ONU devrait prendre la tête de la rédaction
d’une Feuille de Route détaillée et complète
comprenant un agenda précis, renforcée par une
résolution du Conseil de Sécurité des Nations
Unis et des sanctions prises en vertu du chapitre VII de la
Chartes des Nations Unies. Il est évident que cette Feuille
de Route soutenue par l’ONU devra inclure la Libération
D’Aung San Suu Kyi et de tous les prisonniers politiques, un
cessez-le-feu à l’échelle nationale, la
liberté d’action pour tous les partis politiques, un
dialogue entre la NLD, les minorités ethniques et le
régime, et la cessation du travail forcé et des
déplacements de population. De plus, les objectifs
restrictifs et anti-démocratiques imposés par le
régime pour la Convention Nationale (afin d’assurer
le maintien du contrôle militaire même dans un Etat
civil) devraient être abandonnés.
X. Les
sanctions de l’ONU-Le chapitre VII de la Chartes des Nations
Unies :
L’article 39 du chapitre VII de la Chartes
des Nations Unies stipule : " Le Conseil de Sécurité
doit établir l’existence de toute menace à la
paix, tout manquement à la paix, tout acte d’agression
et doit faire des recommandations ou décider quelles
mesures doivent être prises en accord avec les articles 41
et 42 , afin de maintenir ou de restaurer la paix et la sécurité
internationale. " Le Conseil de Sécurité a
l’autorité pour interpréter cet article, et
historiquement, cette interprétation a plutôt été
large et politique que restrictive et strictement légale.
Dans les cas d’Haïti (1993) et de la Rhodésie du
Sud (1965), les deux états ont été jugé
comme constituant une menace à la paix et la sécurité
internationale. Ces deux cas constituent d’éventuels
précédents à l’adoption de mesures par
le Conseil de Sécurité pour la Birmanie. La
rupture de la démocratie, la détention constante des
représentants birmans démocratiquement élus,
la croissance rapide de l’armée birmane qui est
aujourd’hui la deuxième du Sud-Est Asiatique, la
politique de la terre brûlée chassant les populations
ethniques vers les frontières, l’usage du viol comme
arme de guerre contre les femmes et les enfants, les déplacements
forcés et massifs de personnes civiles vers les frontières
qui viennent grossir les flots de réfugiés vers les
pays frontaliers, la violation systématique des Droits de
l’Homme, le nombre d’enfants soldats le plus élevé
au monde, la production et l’exportation de narcotiques aux
pays voisins, la propagation du virus HIV/Sida aux pays
limitrophes et la crise humanitaire imminente résultant de
l’effondrement des services publiques suite à
l’orientation des fonds vers les dépenses militaires,
sont autant de menaces à la paix et la stabilité
interne et régionale. Le Conseil de Sécurité
de l’ONU devrait reconnaître la situation en Birmanie
comme une menace à la paix et la sécurité
internationale et devrait prendre des mesures fondées sur
le chapitre VII de la Chartes des Nations Unies. Le Conseil
devrait condamner les atteintes considérables aux Droits de
l’Homme perpétrées par les militaires, sa
non-adhésion aux principes humanitaires et son refus
d’entamer un dialogue politique avec le mouvement
pro-démocratique et les groupes ethniques dans le but
d’établir un gouvernement démocratique. L’impulsion
du Conseil de Sécurité pour la prise de mesures en
Birmanie ne doit pas être interrompue si Aung San Suu Kyi
est libérée de son assignation. La situation en
Birmanie est lugubre et les plaintes du peuple birmans dans son
ensemble méritent toute l’attention du Conseil.
XI.
Que demandons nous à l’Union Européenne et à
l’ONU
∑ L’Union Européenne : -
Interdire à toutes les compagnies et à toute
personne issues de l’UE d’investir en Birmanie -
Interdire l’importation de biens et de services provenant de
compagnies détenues par l’armée, l’un de
ses membres ou de ses associés. - Interdire
l’importation de biens stratégiquement importants
provenant de secteurs placés sous monopole d’Etat
comme les pierres précieuses ou le bois. - Interdire les
transferts de fonds ou les transactions internationales conduites
par des citoyens ou des entités ressortissants d’un
Etat membre ou par l’UE elle même. - L’exercice
d’une pression par les Etats membres sur le Conseil de
Sécurité de l’ONU afin qu’il adopte des
sanctions.
∑ L’Organisation des Nations Unies : -
Le Conseil de Sécurité doit imposer des sanctions
ciblées, incluant un embargo sur les armes, une
interdiction des investissements en Birmanie et l’interdiction
d’importer des biens stratégiquement importants comme
le gaz, le pétrole, les pierres précieuses et le
bois, jusqu’à ce que des progrès irréversibles
soient réalisés dans le sens de la transition
politique ou qu’un gouvernement démocratiquement élu
en demande la levée. - Le Secrétaire Général
des Nations Unies devrait diriger la formulation d’une
feuille de route détaillée, comportant un délai
d’exécution précis (pas plus tard que 2006),
renforcée par le poids d’une résolution et de
sanctions approuvées par le Conseil de Sécurité.
Réponses
à vos interrogations :
1. Quelles sont les
compétences de l’Europe en matière de
sanctions contre un Etat tiers ? La NLD, dirigée par
Aung San Suu Kyi, a gagné 82% des sièges lors des
élections de 1990. La NLD appelé à des
sanctions internationales contre le régime. Tous les
dirigeants ethniques ont soutenu cette idée. La demande de
sanctions provient de la Birmanie elle-même et ne pourrait
pas être plus claire et plus légitime.
2. Les
sanctions ne vont elles pas frapper le peuple birman ? Les
sanctions auxquelles nous appelons supprimeront les
investissements en Birmanie et interdiront certaines exportations,
comme les pierres précieuses, d’entrer en Europe. Les
trois quarts du peuple birman vivent de la terre, la majorité
ne travaillent pas dans les entreprises ciblées par ces
sanctions. Il est toutefois inévitable qu’une partie
de la population soit touchée. Une minorité de
personnes seront touchées mais cela doit être
contre-balancé avec le fait que tous les jours des femmes
sont violées, des villages sont brûlés, des
prisonniers sont torturés, et 50 millions de birmans sont
continuellement appauvris par ce régime. Il nous faut faire
un choix : permettre au régime d’obtenir des
financements qui assureront sa survie tout en condamnant la
Birmanie à la violence et l’appauvrissement ; ou
faire un effort concerté afin de afin de couper les lignes
de subsistance du régime tout en limitant les effets sur
les populations. La première stratégie est une
retraite en faveur de la tyrannie ; la seconde est une lutte pour
la liberté et la prospérité de toute une
nation. Ce qui blessera le peuple birman, c’est le
manque de volonté et de capacité de la communauté
internationale à agir de manière concertée et
à imposer des sanctions, alors qu’elle permet aux
militaires de perpétuer leur régime.
3. Les
sanctions n’ont pas déjà échoué
en Birmanie ? Les Etats Unis constituent le seul pays qui ait
imposé de réelles sanctions en Birmanie. Ces
sanctions ne sont en place que depuis juillet 2003. Des sanctions
ciblées imposées par l’UE ou la communauté
internationale dans son ensemble n’ont jamais été
tentées et ne peuvent être considérées
comme ayant échoué. Les exportations birmanes de
gaz, de bois et de pierres précieuses continuent à
apporter au régime un revenu vital. Le montant total des
exportations s’élevait, en 2002, à 2,98
milliards $.
4. Ne serait-il pas plus efficace de négocier
avec les militaires ? Les sanctions sont des outils économiques
utilisées à des fins politiques. Nous demandons des
sanctions combinées à une intervention diplomatique
afin de créer le plus grand élan possible pour la
réforme politique et d’éviter que le régime
ne monte les états les uns contre les autres. L’idée
selon laquelle des sanctions pourraient être remplacées
par l’engagement diplomatique afin de promouvoir le
changement politique en Birmanie est un mythe. Ces deux dernières
années, les Etats Unis, l’UE et l’Asie se sont
abstenus de prendre des mesures sévères contre la
Birmanie, espérant que la junte serait réceptive à
une méthode plus douce. Le régime a répondu
en emprisonnant Aung San Suu Kyi et en massacrant un grand nombre
de ses partisans. Il devrait y avoir un effort constant pour
persuader le régime de changer, mais dans le même
temps, un effort de même envergure devrait être
déployé pour couper ses lignes de subsistances.
Désormais, il est temps d’engager une action concrète
soutenue par le Conseil de Sécurité des Nations
Unies, ainsi qu’un effort diplomatique dirigé par le
Secrétaire Général.
5. Quelles
influences auront les sanctions sur les Généraux
? Le régime dépend des investissements étrangers
et du commerce avec l’extérieur qui constituent
l’essentiel de ses revenus. Il est fondamentale de couper
les lignes de subsistances afin de forcer la junte à
rallier la table des négociations. Aussi longtemps que le
régime et ses associés bénéficieront
d’une sécurité financière, ils ne
feront preuve d’aucune motivation en faveur d’une
réforme politique. Les sanctions affecteront bien plus les
soutiens du régime que la majorité des populations
birmanes.
6. Ne devons nous pas tenter de renforcer les
forces pro-démocratiques en Birmanie ? L’accroissement
des sanctions économiques fournira aux démocrates
birmans une puissance de négociation décisive. La
NLD a constamment soutenu l’idée de sanctions
économiques fortes par la communauté internationale.
Dans un contexte où la NLD n’ a que principes et
soutien populaire, la capacité de réduire le fardeau
des sanctions internationales est un outil de négociation
déterminant. Les sanctions sont un moyen de renforcer les
démocrates birmans et devraient être combinées
à d’autres actions de soutien de leur lutte, prises
après consultation de la NLD. Le peuple birman souffre de
la mauvaise gestion de ses ressources naturelles et de la volonté
de la junte de garantir ses propres besoins et sa propre survie au
détriment des besoins des populations en matière
d’éducation et de santé. Encore une fois, nous
n’appelons pas à des sanctions isolées des
autres mécanismes politiques. Les sanctions ciblées
contre le régime devraient aussi être combinées
avec une assistance apportée aux populations afin de leur
permettre de prendre part à l’effort
démocratique birman.
7. L’Europe et
l’Occident ne doivent avoir que peu d’influence car le
commerce et les investissements vers la Birmanie ne sont pas
déterminants ? Pendant la décennie 1990/2000, les
états occidentaux ont financé 65% des
investissements directs étrangers en Birmanie. Quelque unes
des meilleures partenaires commerciales du régime ont été
des multinationales occidentales incluant Total (France), Unocal
(USA), et British American Tobacco (UK) qui a annoncé son
retrait de Birmanie le 6 novembre 2003.
8. Ne devons nous
pas être sûrs que les sanctions fonctionnent avant de
les imposées ? Nous devons d’abord être
d’accord sur le sens du mot " fonctionnent ".
Certains gouvernements européens ont posé une seule
condition à l’adoption d’une politique de
sanctions pour la Birmanie ; ces sanctions sur la Birmanie ne
doivent pas être imposées si l’on ne peut pas
être sûr qu’elles " fonctionnent ". En
réalité, il y a peu de décisions, en matière
de politique nationale ou étrangère, qui exigent la
garantie de sa réussite avant son adoption. Les états
européens ont soutenus des politiques de sanction
commerciales, menées contre d’autres états,
qui ne remplissaient pas ce critère. La plupart des
politiques sont fondées sur une analyse rationnelle de la
situation qui en résultera, tout en prenant en compte les
limites de ce qu’ils peuvent raisonnablement espérer
accomplir. Par ailleurs, le mouvement démocratique
birman ne considère pas les sanctions comme une solution
rapide destinée à apporter le changement. Les
sanctions représentent un instrument fondamental destiné
à amener les militaires à la table des négociations.
Des sanctions combinées avec une initiative diplomatique
pousseront les pragmatiques, parmis les officiers militaires et
leurs associés, à faire pression pour le
changement.
9. Si l’UE se retire et ferme ses marchés
à la Birmanie, les compagnies et les marchés
asiatiques ne vont-ils pas simplement venir combler le vide ? On
rapporte souvent que la majorité des investissements en
Birmanie proviennent d’Asie. Cependant, cela n’est
vrai qu’en terme d’obligation d’investir car les
états asiatiques s’obligent pour 4,26 milliards $,
soit 60% de toutes les obligations depuis 1990. Pendant les dix
dernières années, les états occidentaux ne se
sont engagés que pour 2,89 milliards $. Toutefois, ces
états ont assuré 80% des engagements pris. Les états
asiatiques n’en ont assuré que 31%. Alors que les
investissements européens ont été parmis les
plus stratégiquement importants pour le régime, la
récente exode de certaines compagnies et la décision
prise par d’autres de ne pas investir fournit une
opportunité d’affaiblir un peu plus les soutiens du
régime. Les investisseurs asiatiques ne sont pas venu
combler le vide. Au contraire, beaucoup d’entre eux sont
prudents face à la mauvaise gestion économique du
régime. Toutefois, leur attitude pourrait toujours changer
et c’est pourquoi l’UE doit, en plus de la mise en
place d’une interdiction européenne sur les
importations birmanes, faire pression pour l’exercice de
sanctions sous mandat de l’ONU en Birmanie. Tant que de
telles sanctions ne seront pas mises en place par l’ONU,
l’UE assurera qu’aucune compagnie européenne
majeure ne fera pencher la balance de la puissance économique
du côté de la junte.
10. Les voisins de la
Birmanie, l’Inde et la Chine ne feront-ils pas échouer
toute forme d’embargo ? Les sanctions prises par le
Conseil de Sécurité sont légalement
contraignantes et doivent être respectées par tous
les pays limitrophes. Dans l’absence de mesures onusiennes,
les mesures européennes interdiront les investissements en
Birmanie en provenance d’états européens et
l’importations vers l’Europe de certains biens et
services birmans. Si la Chine se penche réellement sur
la situation birmane, elle comprendra que ses intérêts
clés ne sont pas protégés par l’actuel
régime militaire. La sécurité militaire
chinoise peut nécessiter de maintenir de bonnes relations
avec Rangoun. Mais progressivement, la Birmanie cause de plus en
plus de soucis à son voisin chinois et plus
particulièrement dans la province du Yunnan et les
provinces avoisinantes. Sur le long terme, la position du régime
birman ne peut se maintenir face aux menaces constantes de
l’instabilité et de la rébellion civile qui
pourrait bien devenir une réalité ; la drogue et le
virus VIH/Sida traversent les frontières chinoises et
l’économie birmane s’effondre. Elle ne
représente plus un marché prometteur pour les
productions chinoises et ne peut plus constituer une force
d’impulsion économique au sein de la région et
plus particulièrement dans la province du Yunnan et ses
alentours. Le régime ne propose pas à la Chine
l’étendue de ce qu’il devrait garantir, et les
intérêts propres de la Chine sont de moins en moins
bien servis par le régime militaire de Rangoun.
The
Burma Campaign UK www.burmacampaign.org.uk
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